Sur les allées, l’illuminé Gustave fait fondre le bitume. Les Draguifolies attaquent la saison avec humour.

Gustave parking n’est pas prêt d’être rangé des voitures. Sa façon de monter au créneau par le biais de pitreries très travaillées lui assure le long terme. Il y a des chevaux sous le capot et un turbo dans le cortex pour perpétuer la tradition humoristique. Mais l’originalité est ailleurs l’homme est aussi philosophe et humaniste. Ce n’est pas forcément une tare.

Il déjante mais tient la route. Pour la première soirée des Draguifolies l’OTAL avait choisi l’humour et misé sur la valeur montante de la scène française, Pierre Le Bras, alias Gustave Parking. Depuis 81 l’homme tourne à travers le monde, accumule les prestations, les télés, la radio, se produit au Casino de Paris et à l’Olympia, écrit, pense … et rêve de la Guadeloupe ou il aspire manifestement à se retirer lorsqu’il n’aura plus rien a dire. Ce n’est pas demain la veille! A ses moments perdus (pas pour tout le monde) il milite pour Amnesty International et la défense de l’environnement. Clown philosophe, David Copperfield de l’ustensile de cuisine, inventeur fou, intégriste de la tolérance et dictateur de la démocratie, le sujet est complexe mais n’en laisse rien paraître. Le public, l’espace d’un spectacle sur allées d’Azémar n’aura finalement percu que la surface la plus ludique du personnage si ce n’est quelques fulgurances sur le monde menacé ou une allusion à : « Le Pen, tellement raciste, que dès qu’il bronze il se tape dessus… » Durant près de deux heures, dont quatre minutes de philosophie, la magie se conjugue avec le rire. Il y a le mot, avec lequel il joue, (il les a mis sous les draps ces noix … en hommage au dragon local) et tous ses objets qui de banals deviennent prétextes a mille situations loufoques. Parking a le poireau pour prédilection,la carotte, la tomate,le concombre ou la pomme comme arguments de délire. Il jongle, prend le public à témoin, transforme une jeune fille en princesse et des spectateurs en « victime innocente » en combattant luciferien et Robin des Bois revisité Chevalier blanc.

La passoire devient une arme redoutable, l’escabeau un donjon inaccessible. Transformé en mouche il crache le feu et le chocolat, devenu robot il vocifère, se sert de pétards comme de bombes atomiques et inonde la scène de bulles de savon psychédéliques. Total destroy!

La conclusion est évidente. Mais il serait malséant de ne point la rappeler: « seule la crainte de la folie nous fera descendre le drapeau de l’imagination ». Aucune crainte, Parking hissait haut les couleurs. Le besoin des planches. Le spectacle, Gustave, est tombé dedans quand il était petit. Son envie de monter sur scène, il l’avoue: « est un besoin. C’est ma façon de communiquer, une recherche d’affection. »

Travailler et voir le retour des spectateurs qui rient et participent est une immense satisfaction, un plaisir épicurien …  » La philo n’est jamais très loin, tant il est vrai qu’on prête a rire mais on donne a réfléchir. » Chez Parking la filiation Desproges ou Jolivet est inscrite dans les gênes mais sans véritable influence. Pour parcourir le monde, rencontrer d’autres civilisation, d’autres modes de vie, s’élargir l’esprit, Gustave a financé son périple en égrenant au fil des rues des représentations très gestuelles compréhensibles de Rio a Pointe a pitre. Le tourbillon débutait … Ce matin, théoriquement, l’humoriste est dans les Pyrénées sur le Tour de France. Le vélo, un sport qu’il adore … Il aimerait d’ ailleurs un « vrai Tour de France qui respecte les démarcations hexagonales en passant sur les plages et les crêtes de montagne, patronné par Douaniers sans Frontières »

« L’homme saute du coq a l’âne, parle de son amour pour sa femme, artiste peintre, avant un détour par la décentralisation. » Je voudrais voir le Moulin de la galette en Bretagne et la Tour Eiffel en Corse. Ils auraient l’impression d’être au centre de la France et arrêteraient de mettre des bombes! » Temps de pause, regard en coin. »J’accepte les critiques … » Le contraire eut été choquant.

E.D.