L’extrait proposé est construit en six parties : les trois premières marquent une progression thématique du petit au grand, comme une ascension vers le céleste ou le divin jusqu’à un moment de rupture qui isole une partie du public. La thématique retombe alors littéralement à terre, dans un mouvement inverse de celui par lequel elle avait commencé .
Cette ascension et cette descente qui constituent, en quelque sorte, le squelette du sketch peuvent être analysés sous l’angle des personnages successifs qu’empreinte la personna de Gustave Parking, sous l’angle de l’utilisation de l’espace scénique et enfin, du point de vue de l’interactivité avec le public.
Dans la première étape du sketch, le comédien commence par gonfler un ballon qu’il dit être un « ovule géant blanc ». Il y a une séparation nette entre le ballon et sa personne ; le ballon qu’il gonfle est un accessoire qui non seulement évoque mais qui devient (par effet de réel) un ventre grossissant. Cette dilatation de l’espace du comédien menace les spectateurs dont la tension est entretenue par la récurrence de l’affirmation « Ca va péter ! ».Ceci participe également d’une esthétique de la performance. Parking est, à ce moment précis, dans un cabaret et fait comme s’il y avait vraiment une mise en danger. La thématique de la fécondation, de la grossesse envahissante peut développer une appréhension peut-être plus importante chez les hommes que chez les femme ; il ne faut pas oublier que juste avant, il abordait la question du sexe dans le couple : il joue donc sur la division entre les sexes afin d’établir une connivence avec la salle. Cette séquence n’est pas perçue de la même manière par les deux sexes or, ceci apparaît par l’image du ballon en dilatation : on peut donc commencer de parler de métaphysique en activité.
Le second moment du sketch est marqué par une ascension physique et thématique du ballon. Celui-ci n’est plus un accessoire mais remplace la tête de Gustave Parking qui change radicalement son rapport kinesthésique avec le public. Il nous dit « je vais avoir la grosse tête » en se mettant le ballon (maintenant énorme) devant la tête ce qui lui permet de dilater l’espace vers le haut et d’entretenir une réflexion critique du public qui, par identification, peut se demander si lui aussi n’a pas déjà la grosse tête. Parking devient donc un personnage à grosse tête « pleine de vide » : là encore, il joue sur le tableau du réel, du physique et sur la réflexion critique, poétique par l’expression « une grosse tête pleine de vide ».
C’est à ce moment qu’il devient le Pape, dans le discours et la voix. Il augmente encore son espace scénique en jouant sur l’hypotexte commun à tous : le Pape apparaît normalement devant des foules immenses. Il augmente aussi son espace thématique et métaphysique qui s’élève vers le divin. Il commence également à provoquer une autre scission au sein de la salle entre croyants et non-croyants : tout le public ne prend certainement pas de la même façon le « Mourrez ! » qui peut être perçu comme violent, menaçant voire blasphématoire par certains.
Dans cette seconde partie Gustave Parking n’existe plus crée un univers en expansion.
Dans le troisième moment, la lumière est coupée sur la scène et le comédien disparaît dans l’obscurité ;pourtant, son espace semble se dilater car on entend sa voix sans pouvoir situer le comédien. Il joue alors sur la suppression de la perception par la vue(sens majeur) .Le noir ainsi créé contribue à dilater l’espace scénique à l’infini : il devient spatial, céleste comme le montre le jeu avec le thème de l’éclipse.
Le comédien devient aussi bien la lune, c’est à dire un corps céleste, ou une voix, c’est à dire un professeur d’astrophysique en pleine expérience qui tient de la performance. En tout cas, il semble y avoir une dissociation du personnage qui est soit lune, soit voix. L’éclipse de soleil est présentée comme un jeu d’ombres chinoises avec une progression esthétique de la performance accompagnée par la voix. Le décalage ainsi produit crée une poésie qui peut susciter l’émerveillement enfantin et qui relève, là encore de la métaphysique en activité.
La fin de cette partie est marquée par une rupture brutale par laquelle l’horizon d’attente et la relation poétique est brisée.
En effet, on retourne directement sur le plancher des vaches dans le passage qui suit : le comédien prend le rôle d’un accoucheur vétérinaire et le ballon devient une vache. Un univers nouveau est créé, celui d’une foire agricole ; la lumière est revenue. Le comédien semble redevenir Gustave Parking avec un discours écologique qu’il confronte à un discours économique. Il cherche de nouveau à interpeller le public sur ce terrain là (par rapport au début du spectacle). Le fait qu’il fasse mettre bas une vache n’est pas anodin : la thématique est renversée, par symétrie, par rapport au début du sketch. Cela peut être compris par une partie du public comme une référence à la maïeutique socratique où il s’agit de faire accoucher les esprits, chose qu’il réalise simultanément en provoquant, par son discours, une réflexion critique dans une plus grande partie du public.
Dans la séquence suivante, il jette la vache(la balle)dans la foule : l’effet est de revenir à une interactivité, une complicité, et une proximité avec le public qui lui renvoie le ballon. Le quatrième mur de l’espace cubique est brisé et l’espace perçu tend à devenir sphérique. A ce moment, le ballon porte encore l’emprunte psychologique de la vache ;on peut encore parler de métaphysique en activité : au-delà du jeu de renvoi, il y a également un discours qui pourrait être « Ne jouez pas avec les animaux comme on jouait avec la planète tout à l’heure ! »
Enfin, dans la sixième partie, le comédien redevient un personnage de cabaret, un « performer », avec en plus l’introduction d’une distanciation brechtienne : il fait semblant de faire le ventriloque, il montre ce qu’il fait et joue avec les conventions du spectacle. Dans un mouvement inverse de la première partie du sketch, le ballon se vide ;il est un accessoire seulement évocateur d’une partie de corps : son ventre. L’espace se rétrécit, la tension retombe chez le public. C’est la fin du sketch…
Cet extrait est donc bien construit autour d’une montée, d’une augmentation puis d’un déclin de la dimension métaphysique, de l’espace physique et scénique du comédien, la distanciation poétique atteignant son apogée dans l’obscurité de la troisième partie.