A priori, une œuvre artistique ne saurait exister indépendamment d’un public prêt à la recevoir.
Cependant, si l’on se réfère à la notion de « capital culturel » développée par P.Bourdieu, à la position physique du spectateur dans la salle ou à ses dispositions psychologiques et personnelles, il semble qu’une œuvre puisse être comprise, voire simplement perçue, de façon universelle.
Est-ce que ces différentes lectures, ces différents degrés d’interprétation, représentent un véritable frein à la création artistique?
L’analyse esthétique du  » Retour des joies sauvages  » permettra de comprendre quels sont les procédés utilisés par G.Parking pour produire du sens. Cependant, cette analyse resterait l’analyse d’un spectacle de divertissement si elle ne prenait pas en compte la dimension créatrice du discours produit.
Le rapport au spectateur, puis à l’accessoire sont deux éléments importants et donc à prendre en compte dans l’analyse du spectacle. Mais, la finalité du cabaret selon G.Parking ne réside pas dans l’utilisation d’outils, de supports artistiques, mais bien dans l’élaboration d’une création esthétique à part entière.
Le spectacle de cabaret instaure un rapport tout particulier avec le spectateur.
En favorisant constamment l’adresse directe au spectateur, Parking nie l’existence d’un quatrième mur et remet ainsi en cause l’une des plus importantes conventions théâtrales.
Dans le spectacle de Parking, le spectateur est comprimé.
Tout d’abord, face au ballon qui ne cesse de grossir, le spectateur est comprimé dans son espace.
De plus, Parking, jouant sur la thématique de la performance, utilise un rythme de voix très rapide, empêchant ainsi le spectateur de respirer, de reprendre son souffle et donc de le placer en tant que spectateur « époustouflé ».
Enfin, ce rythme très rapide, cette façon de ne jamais s’arrêter de parler, comprime l’espace de réflexion du spectateur. En effet, ce dernier n’a pas le temps de réfléchir, c’est pourquoi Parking dit et commente tout ce qu’il fait : « je vais vous faire le type à la grosse tête ».
Dans un spectacle de cabaret, le spectateur est dans une position où tout peut arriver. Parking joue de cela et place constamment son spectateur dans une position de mise en danger : « ça va pêter!!! »
Parking exacerbe le sentiment de peur du spectateur et n’hésite pas à l’agresser de différentes manières.
Tout d’abord, le spectateur peut se sentir agressé par certaines idées, comme l’idée que Parking ait un énorme sexe : « préservatif à ma taille ».
De plus, l’envoi du ballon dans la salle est une véritable intrusion de Parking dans le public, ce qui pourra être perçu comme une agression.
Enfin, G.Parking n’hésite pas à singulariser son spectateur.
En effet, dans ses adresses directes, il utilise souvent la deuxième personne du singulier : « Et toi, ça te fais rire! » Chaque individu du public pourra donc se sentir personnellement concerné.
De plus, G.Parking prend en compte les différences possibles de perception. Ainsi, lorsqu’il évoque « l’ovule géant », il n’est pas sans savoir que de la façon dont il se tient, certaines personnes du public verront plutôt dans le ballon l’extension du côté » masculin » du corps du comédien.
De même, la compréhension de ses jeux de mots peut être différente d’une personne à l’autre. « Le contraire de la libido, c’est le bide au lit ». Le mot « bide » peut être l’argot du mot « ventre », comme celui du mot « échec ».
Enfin, lorsque G.Parking dit : « Je vais faire mieux », il se place dans l’éventualité où certaines personnes du public n’auraient pas apprécié le précédent gag. Certes, cela contribue à instaurer la thématique de la performance, du « toujours mieux », mais c’est aussi une manière de rassurer son public.
Gustave Parking n’hésite pas à comprimer, agresser ou encore à singulariser son spectateur. Cependant, pour construire ce rapport si particulier avec son public, Parking intègre à son spectacle des accessoires, eux-mêmes séparés de leur utilisation quotidienne.
L’accessoire utilisé par Parking permet de prime abord la création d’un personnage : « le type à la grosse tête ». Lorsque G.Parking devient le type à la grosse tête, une grande dérision apparaît en comparaison avec les autres éléments de son spectacle (comme son costume). Ce principe de deuxième degré est d’autant plus fort pour les spectateurs qui connaissent le passé et notamment les épreuves traversées par G.Parking. De plus, la grosse tête qui est censée symboliser quelqu’un satisfait de sa propre personne, quelqu’un qui aime être sur « le devant de la scène » (au sens propre comme au figuré) permet au contraire à Parking de se cacher derrière. Il attire tous les regards sur lui mais pour ne plus être physiquement vu.
Très vite, l’utilisation du ballon va permettre des glissements paradigmatiques. En effet, Gustave Parking donne ses propres définitions, ses propres utilisations du ballon. Il crée une nouvelle façon (la façon parkingienne) de percevoir un objet. C’est dans la création de ce nouveau discours, de ce nouveau rapport à l’objet que face au spectacle de Parking, on pourra parler selon les termes d’Artaud, de « métaphysique en activité ». Ainsi, G.Parking nous projette tour à tour dans un univers religieux, puis dans le cosmos, et enfin dans une foire agricole. Ces différents changements d’univers sont réalisés à partir de l’unique accessoire ballon qui est à la fois la tête du Pape, la lune et une vache. En tant que veau, il est aussi le peuple français, ainsi nommé par de Gaulle et à qui J.Chirac sert la main (une main qui était moins d’une minute avant l’arrière-train d’un animal…)
Comment comprendre le spectacle de Parking? A-t-il une finalité autre que celle de se divertir?
« J’vous laisse réfléchir là-dessus » est la phrase clef, le leitmotiv du « Retour des joies sauvages ». Gustave Parking semble donc redonner à son spectacle une dimension militantiste. Et en effet, il aborde de nombreux sujets, plus ou moins graves, mais qui suscitent généralement une véritable polémique.
Ainsi, en près de cinq minutes, Parking nous donne à réfléchir sur les prises de position du Pape et notre rapport au comportement du chef d’Etat.
De même, la thématique de l’écologie est un des fils conducteurs de son spectacle.
Enfin, la dimension économique est très présente dans les différents thèmes du spectacle : « ça coûte la peau des fesses »; « je paie en liquide ».
Il cherche donc à susciter la réflexion de ses spectateurs.
Cependant, Gustave Parking serait un animateur télévisé si son spectacle n’était que simple divertissement, ou politicien s’il n’existait que dans la seule volonté de diffuser une propagande écologiste.
Gustave Parking crée un nouveau discours.
Il décadre les objets de leurs utilisations quotidiennes; Tous ces changements paradigmatiques construisent un univers : l’univers parkingien, où les lunes rebondissent, les têtes sont des ballons et les ballons des vaches…
Ce spectacle est une véritable réflexion sur l’activité artistique du spectacle vivant pour comprendre dans quelles mesures la scène est un lieu à part où l’utilisation de l’accessoire est particulière et où le public se laisse complètement dicter ce qu’il doit y voir.
Le spectacle de Parking existe indépendamment des différentes lectures qui pourraient en être faites.
Bien plis que la diffusion d’un message, il est la création d’un nouvel univers artistique, d’un nouveau discours esthétique.