On retrouve dans cet extrait de Gustave Parking toutes les facettes du spectacle et de l’acteur. Il cultive les relations d’ambiguïtés entre véritable affection du public et agression, ou encore entre message politique subliminal et véritable sketch. On ressent encore ici l’influence de ses pairs pour le texte, tel Desproges, et une utilisation des objets et de l’espace hors du commun.
Par sa franchise, il fait rire les « intellectuels » comme les « imbéciles ». Je me propose de faire une étude de cet extrait en regardant le cheminement dans les idées que Gustave Parking souhaite faire passer. Tout au long de ce raisonnement je m’efforcerais de montrer par quels procédés Gustave Parking arrive à faire de ses messages qu’ils soient évidents et déroutants.
A première vue le début de cet extrait est assez banal : Gustave Parking se propose de gonfler un énorme ballon grâce à son « accélérateur de vitesse ». Il se met de profil et commence à le gonfler tout en criant « ça va péter! », en référence au début de son spectacle lorsqu’il expirait de l’air dans un ballon rempli de confettis. Dans le même état d’esprit, il crie « Oh la vache! » dont-on ne sait, à ce moment là, s’il est impressionné par ce ballon, ou s’il souhaite mettre encore l’accent sur « cette performance ».
Mais au delà de cette première image, se cache le début de son message : Gustave Parking vient de faire 5 minutes sur « un humour masculin ». Selon lui il passe à quelque chose de plus féminin : un ovule géant blanc!
Tout d’abord sa position de gonflage du ballon peut interpeller : son « sèche-cheveux » qu’il a détourné en « accélérateur de vitesse immobile » se pose en véritable prolongement du corps, tel l’organe masculin en train de féconder un ovule blanc! Cela tombe bien puisque Gustave Parking parle juste après de fécondation, la « fécondation in Vitrolles »! Cette référence à la fécondation in Vitro lui permet de dénoncer les idéaux politiques du maire de Vitrolles : Mr et Mde Mégret. En effet Gustave Parking extrapole sur l’idée de racisme avec cet ovule blanc en réponse à l’ovule noir. Ce n’est pas la première fois dans le spectacle que Gustave Parking joue sur ses convictions politiques envers le FN (ou le MNR). On se souvient de la phrase : « Le Pen et Mégret dès qu’ils bronzent un peu, ils se tapent dessus! »…
Une fois cette boule blanche gonflée, Gustave Parking se pose de manière frontale par rapport aux spectateurs et demande le concours du public pour savoir si il a la grosse tête! On peut remarquer l’intelligence kinesthésique à cet instant : il sait que cette baudruche géante placée de telle manière, devant son corps va être perçue telle une grosse tête par l’ensemble du public. Une fois que le public a bien acquis que cette bulle géante est un prolongement de Parking (sa tête), ce dernier peut incarner le personnage qu’il souhaitait : le Pape. Pour cela il change d’intonation de sa voix.
D’entrée de jeu on connaît la position que Parking adopte envers le personnage qu’il incarne : « une grosse tête pleine de vide! Je suis le Pape! ». Il joue donc sur les mots puisque la tête qu’il a dessiné sur le ballon est effectivement remplie de vide (ou d’air) et par abus de langage que la tête du Pape est vide (de sens!).
Alors qu’il avait commencé sur l’ovule et la fécondation cet extrait, Gustave Parking continue dans cette voie en reprenant la position de l’Eglise vis à vis des préservatifs : « N’utilisez pas le préservatif! Mourrez! »
Le caractère dramatico-comique est renforcé par l’exclamation de Parking : « Et toi ça te fait rire?! ». Il montre qu’il accepte l’échange avec le public mais que c’est quand même lui le maître du spectacle, et qu’il choisit les moments ou le spectateur a le droit de rire!
De la religion, il passe à l’astrophysique à priori deux domaines totalement éloignés : l’un fait appel à la croyance l’autre à la rationalité.
Gustave Parking change encore le sens de son accessoire, en présentant le ballon cette fois en lune. Lors de cette éclipse Gustave Parking invente un univers (le soleil est un projecteur) et joue avec l’espace scénique. Il éteint la lumière est reporte toute l’attention du spectateur sur sa voix (et non sur un contact visuel). Alors qu’il partait d’un sujet sérieux et d’une performance (recréer une éclipse dans un théâtre) Parking glisse vers l’humour.
Alors que l’on ne voit plus le rapport avec ce qui précédait Parking apparaît dans la lumière en criant « et pour les plus croyants, celle ou on voit le porteur! ». Cette « croyance » ramène au sujet précédent de la religion contre l’astrophysique.
Puis Gustave Parking enchaîne sur la foire agricole ou l’on retrouve le ballon en vache (comme un écho à son exclamation de « Oh la vache! » au début de l’extrait!). Cette vache est en train de vêler, ce qui replonge le spectateur dans le milieu de la reproduction (suite de l’ovule et du préservatif!). Parking cherche aussi à faire réagir son public en mimant l’introduction de sa main dans le postérieur de la vache. Il agresse son public pour qu’il soit attentif à ce qu’il va dire.
Le fait d’être à la foire agricole replonge tout spectateur dans le caractère écologique de son spectacle et de Gustave Parking. D’ailleurs il ironise sur les modifications génétiques de la vache : « elle a plus de pattes, que de la farine! ».
Puis suivant sa critique de la classe politique qu’il a commencée (par le FN et Vitrolles) Gustave Parking poursuit par De Gaulle et Chirac. « Je paye en liquide », en rapport aux politiciens payant leur séjour en liquide et aux « langues de bois ». (Mais aussi au fait que les spectateurs vont payer « en liquide » à la fin du spectacle). Enfin on remarquera un hypertexte par « elle le vaut bien » qui fait appel à la culture commune de la publicité de l’Oréal.
Juste après avoir donné son point de vue politique, il organise un échange avec le public. Cette interaction est visible par le jeu de tennis géant avec la balle. Il rompt le 4ème mur. C’est la deuxième fois dans le spectacle que Parking fait ce type d’échange avec le public (Tennis avec le globe terrestre!). Sur ce jeu, il interpelle directement le public : « renvoie la balle, en plus ça vaut la peau du cul, c’est du cochon… »
Cette phrase permet de rester dans le domaine de l’écologie (« c’est du cochon ») et de faire (in)consciemment prendre conscience au spectateur de la valeur marchande (notamment du spectacle!).
Parking Récupère sa balle, et se met de profil inverse au gonflage : une sorte de boucle, le sketch est fini, il va maintenant le dégonfler!
Il en profite pour faire croire à la performance (« Je vais vous faire un numéro de ventriloque… ») qui ne l’est pas! (Un peu comme le Houla Hop!)
Gustave Parking arrive une fois de plus à être en connivence avec son public tout en modifiant leur horizon d’attente : il fait passer des messages politiques et provocateurs dans un spectacle comique!
Les changements paradigmatiques sont multiples tout au long du spectacle et c’est ce que recherche Gustave Parking.