Attention les yeux, les cinglés sont de sortie. Tandis qu’Amar fait les beaux soirs du 140, Gustave Parking, génial agité du bocal, transformé le théâtre Molière en salle d’expérimentation désopilante. Durant près de deux heures, il accumule les gags les plus incroyables, les démonstrations les plus folles, les images les plus surprenantes. Parking joue avec les objets, les mots, les lumières, les idées, les sons, les spectateurs et tout ce qui lui tombe sous la main.

Dans son spectacle fourre-tout, au milieu d’une scène aux allures de salon du bric a brac, on croise des poireaux beaux comme des palmiers dans une île paradisiaque, un fromage frais survolant le public comme une, menace atomique, une mouche géante sortie tout droit de « Microcosmos », un robocop plus vrai que nature, des feux d’artifice(s) en direct des pétards a mèche courte, des aubergines explosives, un Robin des Bois classé a l’ATP, des bulles de savon psychédéliques, une séance de surf dans une flaque d’eau et sur la tête des spectateurs, une plongée en apnée dans un bol, une montgolfière expérimentale, un arc a flèche a deux vitesses…

Tout cela défile sous nos yeux sans laisser un moment de répit.

Chez Parking, on a droit a une trouvaille toutes les dix secondes: visuelles ou verbales, elles surgissent de partout suscitant l’hilarité, l’étonnement, l’incrédulité. Parking ose tout plongeant carrément dans l’  » henaurme  » pour ressurgir deux secondes d’après dans le raffinement poétique le plus inattendu. Parking est fou, d’une folie mélangeant un humour décoiffant à une poésie des objets qui transforment le moindre accessoire de cuisine en vaisseau magique pour croisière dans l’imaginaire. Gustave Parking emporte tout sur son passage et fait hurler de rire une salle composée de spectateurs de tous ages et de toutes conditions. Parking est un inventeur d’univers impossibles, un recycleur génial d’objets du quotidien, un observateur impitoyable du monde qui est le notre, un incorrigible découvreur de merveilles banales et d’imbecillités chroniques. Sans avoir l’air d’y toucher, il nous parle constamment de nous, de notre vie, de notre terre que nous massacrons un peu plus chaque jour. Parking fait du bien par ou il passe et vaut largement toutes les cures d’antidepresseurs. Parking devrait être remboursé par les mutuelles.

J.-M. W. (29 janvier 1997) Au théâre Molière jusqu’au 8 fevrier, 02-513.58.00.