À Fluide nous insistons toujours sur les gens que nous aimons bien, en les suivant parfois depuis des années. Gustave Parking est de ceux-là, et on t’aime au point de le publier dans notre Gazette préféré. Le titre du nouveau spectacle de Gustave Parking est « Gustave Parking : le nouveau spectacle ». Déjà, fallait le trouver. Il a fait un malheur en mai-juin au théâtre Trévise à Paris, où il le reprend ce mois de septembre, après l’avoir baladé cet été dans quelques lieux prestigieux et quelques émissions moins connes que les autres.À un nul de la télé qui se moquait de lui en te traitant de « baba cool » d’un air méprisant, Gustave a répondu l’autre jour, rigolard : « Ben oui. Peace and Love, t’as trouvé mieux ? » L’autre est resté con. Tout Gustave est là-dedans. Il traîne son clown « qui nous laisse réfléchir là-dessus » depuis 1981, on a peine à le croire, d’autant qu’il ne change pas Son précédent spectacle, un chef-d’œuvre dont nous vous entretînmes, a tenu cinq ans d’affilée, avec son système génial de l’entrée à 10 F. Les gens ne paient plus qu’à la fin s’ils sont contents. Coup de bol, ils le sont et laissent en moyenne ce qu’aurait coûté la place. Du coup, les salles sont bourrées (à 10 balles !) et il fait vivre son équipe normalement, lui-même n’en ayant rien à foutre de devenir une star riche.physiquement.

Aujourd’hui, c’est du dernier chic de faire comme Gustave avec ce système, que tous les jeunes lui piquent – mais tous ne remplissent pas! Grande leçon de cet écolo convaincu (ses décors et accessoires sont de la récup’ ou des produits naturels – faut voir ce qu’il arrive à faire avec des légumes !) qui justement n’a pas peur de donner ni de recevoir des leçons. Génie de L’idée toute conne que personne n’a eue avant lui, son imaginaire poétique fascine Les plus réticents. On a même de la peine à suivre cette cascade d’inventions scéniques, multipliée par les inventions verbales dignes des plus grands. Cela va de l’élaboration très construite à la petite connerie de deux secondes (« Huta-hop ») qui vous tue. On en rate parce qu’il va trop vite et qu’on doit arrêter son rire pour écouter.

Je vous préviens : les spectateurs participent. Beaucoup. Souvent, on morfle un maximum. Vous voilà prévenus. Y en a même qui préfèrent payer pour ne pas monter sur scène avec lui, tout pouvant vous arriver. Évitez Les 300 premiers rang. Ces temps-ci, on l’entend beaucoup à la radio (chez Villers puis dans « Rires & Chansons »), on l’aperçoit au cinéma (« Comme une bête »), les télés se l’arrachent (il est notamment visible dans les impros de « Jeu de comédie » sur F2). Il devient incontournable ; quand on l’a vu/entendu une fois, on y retourne, de toute façon, même à la 20e vision, le gag fait toujours rire, car il y a aussi son culot monstre, son abattage et sa gueule en perpétuelle ironie insolente qui fait tout passer. Gustave s’appelle Pierre, c’est un Breton né à Bayonne. Il sait jongler, déclamer des poèmes, faire l’acrobate, cracher le feu, mimer, faire des déclarations politiques, sortir des calembours atroces et se laisser aller à la vulgarité de bon ton qui plaît aux malins comme aux imbéciles. Et de surcroît, il fait tout ça sur scène, transformant tout ce qu’il approche en instrument de son délire (ne ratez pas son escargot-piscine par exempte). Crétins, chasseurs, politiciens, langue de bois, fachos, machos, s’abstenir – je vous dis ça charitablement.