Le passage que nous avons visionné est un extrait du spectacle de Gustave Parking « Le retour des joies sauvages ». nous allons étudier en quoi ce spectacle est tout à fait atypique, en s’intéressant successivement à l’espace, au jeu de l’acteur, à l’interactivité avec les spectateurs et enfin aux niveaux de lecture.
Nous pouvons constater que dans cet extrait Gustave Parking emmène le spectateur dans un univers surréaliste où tout est surdimentionné.. L’espace est dilaté tout d’abord lorsqu’il nous présente un ovule géant qui est symbolisé par le ballon blanc. Puis on est en plein cours d’astrophysique à observer des éclipses que l’on pourrait aussi qualifier de géantes, car la perception que le public en a est démesurée. Pour finir, les spectateurs se retrouvent à une foire agricole. Gustave Parking demande donc implicitement au public de faire preuve d’imagination pour conceptualiser son discours et donc mieux le saisir. Au-delà de ces changements successifs de lieux à travers l’envoi du ballon dans le public, il brise les conventions théâtrales car il abolit l’espace liminaire qui sépare généralement les acteurs des spectateurs. Ceci est représentatif de sa manière de concevoir un spectacle. Gustave Parking fait en quelque sorte de l’anti-théâtre.
Le jeu de Gustave Parking concoure beaucoup à la singularité du spectacle. Gustave Parking est la persona de l’acteur : dans cet extrait on peut remarquer qu’elle laisse place à un personnage, e, l’occurrence le Pape lorsqu’il cache son visage derrière le ballon géant. Ce « masque » et la transformation de sa voix quand il imite ce dernier lui permettent de mieux endosser ce personnage pour ne pas laisser transparaître la persona Gustave Parking. Dans ce passage on retrouve ce désir de jouer avec les objets et les détournée de leur fonction initiale. Le ballon blanc est à la fois un ovule, la Terre, sa tête puis le visage du Pape, une vache et enfin la bouche d’un ventriloque. Il donne aussi à son jeu un aspect extraordinaire. Cette esthétique de la performance est caractérisée par des expressions comme « oh la vache » alors que ce qu’il fait n’a rien d’un exploit, il joue sur le décalage. Dans son discours on peut noter de nombreuses références à des faits de société comme avec le jeu de mots « fécondation in Vitrolles » ou l’allusion au président « Votez pour moi je suis écolo et je paie en liquide ». Il y a chez Gustave Parking cette volonté récurrente de faire allusion ironiquement aux problèmes de la société actuelle. Du point de vue du langage, celui-ci est très familier, d’où l’utilisation d’expressions comme « ça vaut la peau des fesses » ou « oh la vache ». On retrouve là encore un désir de sa part de réduire la distance qui pourrait le séparer du public, caractéristique d’une volonté de proximité.
L’interactivité avec le public est une caractéristique fondamentale du spectacle de Gustave Parking. Il le fait participer activement à son spectacle. Dans le cas présent, on peut même parler de manipulation car il leur demande de faire « oh » devant un exploit qui n’en est pas un. Il se permet même d’agresser une personne : « ça te fait rire ! ». ce qui par ailleurs est une remise en cause de son spectacle dont la fonction première est de faire rire. Il s’adresse fréquemment « ad hominem » : « tu veux sentir ? » toujours caractéristique de ce désir de proximité qui est l’essence même du cabaret. Dans sa relation avec le public il lui arrive d’en exclure une partie (« pour les croyants »). Les uns seront concernés, les autres non, ce qui va créer une différence de perception du spectacle au sein même du public. La kinésique tient aussi une place importante, les spectateurs vont percevoir différemment son corps lorsque par exemple il remplace sa tête par le ballon géant ou la scène du ventriloque. Le fait de jouer constamment sur la perception que le public peut avoir de lui participe à l’originalité du spectacle.
Afin de renforcer cette connivence avec le public, Gustave Parking fait référence fréquemment à une culture commune, que ce soit par les nombreuses allusions aux faits d’actualités ou la référence culturelle à Atlas quand il porte la Terre. Ces hypertextes permettent ce briser le statut généralement supérieur qu’a l’acteur. Cependant, de par la transcendance aucun spectateur n’aura la même vision du spectacle et ne ressortira avec les mêmes impressions. En effet, certains auront le privilège de s’être fait interpeller par Parking et d’autres non. De nombreux éléments concourent à une perception unique pour chaque spectateur du même spectacle.
En conclusion, ce qui rend le spectacle de Gustave Parking si singulier, c’est cette relation toute particulière qu’il entretient avec le spectateur en le faisant participer aussi bien physiquement que mentalement. Tout concoure à le rapprocher du public. Et c’est cela qui va générer chez ce dernier des émotions « fortes », mais toutes différentes car chacun ayant une perception personnelle de cette expérience.