L’extrait qui nous est demandé d’analyser aujourd’hui est tiré du spectacle « Le retour des joies sauvages » de Gustave Parking. Il s’agit d’un spectacle de cabaret comique qui a lieu dans un théâtre de forme traditionnelle, avec des conventions théâtrales admises depuis très longtemps.
Avec cet extrait, il est donc possible de faire une description esthétique de l’extrait présenté, en analysant la manière dont les éléments matériels sont perçus et dont ils font sens pour différents spectateurs. Pour ce faire, j’analyserai l’extrait suivant quatre points essentiels aux spectacles vivants :
– l’espace
– le jeu
– le statut des spectateurs
– les différents niveaux de lecture possibles
I.L’espace
Le passage qui nous est présenté nous fait directement entrer dans la notion d’espace. En effet, on voit que l’espace cubique institutionnel du théâtre, est devenu un espace sphérique psychologique. Ceci est dû à l’espace liminaire.
Le quatrième mur n’existe pas puisqu’il y a un dialogue et un échange avec le public. Nous sommes vraiment dans un spectacle de cabaret. Les règles (ou en tout cas les conventions) de ce genre de spectacle sont adaptées ici dans ce théâtre traditionnel.
Le premier acte de Gustave Parking dans ce passage est de gonfler un ballon. Cet acte représente à la fois une dilatation de l’espace de l’artiste (il prend plus de place sur scène), mais aussi une dilatation du temps grâce à la phrase qui accompagne l’acte « Alors ! …alors ! … ). Il fait durer comme s’il y avait du suspense.
Par la suite, on constate clairement qu’il n’y a pas de quatrième mur puisqu’il fait passer le ballon dans le public. Il y a un échange et son espace est dilaté car va jusque dans le public.
Quand il donne son cours d’astrophysique, son espace est au contraire rétracté puisque lui se retrouve dans le noir et que l’attention du public est portée sur les ombres sur le rideau. Il ne lui reste plus que sa voix pour communiquer avec son public.
On a vu qu’au début du passage il y a dilatation de l’espace de l’artiste, et bien à la fin, la boucle est bouclée grâce au dégonflement du ballon qui représente la rétractation de l’espace de Gustave Parking.
Pendant son spectacle, on constate aussi qu’il y a une poésie de l’espace : il y a une rupture entre son discours et ce qu’il nous montre. C’est de la métaphysique en activité : il nous montre un ballon et il nous fait imaginer une vache.
II.Le jeu
Tout d’abord, Gustave Parking s’est construit une persona qui est celle d’un artiste écologiste comique devant un public de spectacle de cabaret.
Avec cette persona, il construit au fur et à mesure de son spectacle des personnages : il se déguise (Rocher Suchard géant, le Pape, agriculteur…).
Pour réussir à créer des personnages qui l’accompagnent sur scène, il utilise des accessoires. Ici, il s’agit d’un ballon. Son ballon se décline en six formes différentes : au début, il s’agit d’un ovule géant, puis d’une tête, de la lune, d’une vache, d’un ballon et d’un numéro de ventriloque. Il y a un détournement d’objet car le ballon n’est considéré par Parking et le public comme tel qu’une fois.
Chaque détournement d’objet est accompagné d’une critique et d’une allusion à un personnage médiatique (Le Pape, Jacques Chirac…).
Le texte n’est pas le plus important dans la relation qu’il a avec son public. Ici, la kinesthésie prend le pas sur le texte. En effet, Gustave Parking a une grande intelligence kinesthésique : il sait quel mouvement, quel geste il doit faire pour communiquer ce qu’il veut à son public et surtout pour que le public le comprenne (conscience kinesthésique) et réagisse (de la façon que veut G. P.).
Gustave Parking a aussi une forte conscience kinesthésique puisqu’il perçoit son public et adapte ses mouvements et son jeu aux réactions de son public.
Le jeu de Gustave Parking est largement constitué d’allusions et d’imitations d’actes réels (grâce au détournement d’objets). Ce jeu fonctionne puisque le public réagit comme si c’était la vérité.
Gustave Parking réalise une fausse performance spectaculaire : il nous mime un semblant de difficulté à gonfler le ballon, comme s’il avait été réellement dur à gonfler. Mais, en même temps, ce type de comportement entraîne une certaine connivence avec le public puisque Gustave Parking et le public font comme si c’était vrai, mais savent pertinemment que c’est faux. On est dans la parodie.
Quand Gustave Parking imite le Pape, il y a un glissement paradigmatique puisqu’on part du point de vue de Gustave Parking pour arriver à celui du Pape. Et, les spectateurs suivent ce changement de point de vue.
III.Le statut des spectateurs
Nous sommes dans un spectacle de cabaret comique, pourtant, dans cet extrait, il n’y a pas d’adresse ad hominem.
Aucun spectateur n’est pris en particulier pour converser avec Gustave Parking. Sauf, peut-être, à un bref passage où il demande à un spectateur de sentir le ballon qui est en soit-disant « peau de fesse ». En tout cas, il nous fait croire qu’il s’adresse à un spectateur. En fait, ici il ne les distingue pas les uns des autres. Pour lui, à ce moment du spectacle, il s’agit d’une masse qui réagit de la même façon : il demande qu’on lui renvoie le ballon ; tout le monde tente de lui redonner…
Ici, les spectateurs sont accessoirisés et non pas identifiés individuellement (ou par groupes). On sent vraiment qu’il les considère comme une masse, un être unique dotée d’une réaction unique. Celle qu’il veut leur faire avoir. Le public est comme une marionnette : Gustave Parking veut qu’il rit, il rit. Il veut qu’il soit dégoûté par ses gestes et ses insinuations (la vache va vêler), le public l’est. On a l’impression que le public n’a plus de distanciation critique.
Puis, il fait participer le public, il l’accessoirise même, puisqu’il le fait participer en l’obligeant à rester dans certaines limites. Il lui demande de lui renvoyer le ballon, donc le public le fait.
Pourtant, les spectateurs n’ont pas du tout conscience d’être manipulés. En tout cas, ils sont venus voir un spectacle comique dit de cabaret, alors on peut imaginer qu’ils sont conscients d’être utilisés, mais qu’ils le font par connivence ou en tout cas pour le spectacle.
En tout cas, il y a un échange entre Gustave Parking et le public grâce au ballon qui passe de main en main. Les personnes ayant touché le ballon ont l’impression d’avoir eu un contact physique avec Gustave Parking, mais ce contact se fait au travers du ballon. Ces gens sont ravis.
Ceux qui n’ont pas touché le ballon, eux fonctionnent par un processus d’identification avec ceux qui l’ont fait. Donc, au final, chaque personne pense avoir eu une relation privilégiée avec l’artiste.
IV.Les différents niveaux de lecture
Gustave Parking utilise dans son spectacle des clés de lecture qui permettent au public de pouvoir s’y retrouver.
Par exemple, le cours d’astrophysique qu’il donne est faux. Donc, il fait référence à un cours scientifique qui pourrait demander certaines connaissances, mais non puisqu’il s’agit d’un spectacle comique. Tout est pris à la dérision. Ainsi, les spectateurs savent qu’ils sont bien dans un spectacle pas trop « intello ».
Ainsi, l’horizon d’attente des spectateurs est rassuré puisqu’ils sont venus voir un spectacle comique.
Quand il mime la vache (grâce au ballon), on peut dire qu’il transcende le ballon, puisque grâce à ses actes et ses paroles, les spectateurs y voient une vache. Ils sont dégoûtés par ce qu’est en-train de faire Gustave Parking.
Pour ce spectacle, on peut parler d’immanence autographique et allographique : son texte et ses gestes sont prévus, mais il adopte son discours à son public qui est certainement différent tous les soirs.
En conclusion, on peut dire que Gustave Parking utilise dans son spectacle différents procédés pour donner un sens à son spectacle et surtout pour différents spectateurs. Le discours écologique est toujours présent mais ce n’est au final pas ce qui prime : c’est plutôt sa performante contre-performance. L’utilisation de la dérision est totale.
On voit qu’à travers les quatre thèmes que j’ai développé, Gustave Parking fait passer son message et que les spectateurs reçoivent ce message. Il est différent selon leur bagage culturel mais a une source commune.