L’extrait visualisé est issu du spectacle de cabaret comique de Gustave Parking, intitulé Les Joies Sauvages. Il réunit plusieurs esthétiques artistiques : magie, théâtre, danse, etc. Il apparaît intéressant d’analyser par une description esthétique cet extrait pour rendre compte de la manière dont les spectateurs perçoivent le spectacle, de la manière dont les éléments matériels font sens chez le public. Il s’agit donc d’étudier ces différents éléments matériels : le discours (A), la kinesthésie (B), les objets (C) pour savoir si le spectacle revêt le caractère d’œuvre d’art (D).
A. Le discours-renfort de l’action en scène.
Le spectacle de Gustave Parking n’est pas seulement une succession d’actions visuelles qui se produisent sur une scène. La parole accompagne la scène qui se déroule sous le regard du spectateur. Cette parole est un élément indissociable des autres éléments du jeu de Gustave Parking et renforce l’aspect comique de l’extrait.
Le discours, dans plusieurs cas, permet de suggérer au spectateur un monde imaginaire, au-delà des apparences un monde dans lequel il vit tous les jours. Par exemple Gustave Parking gonfle un ballon géant blanc, cela peut déjà évoquer autre chose qu’un ballon blanc aux spectateurs. En effet chaque spectateur emporte avec lui dans la salle son propre « langage culturel » : éducation, religion, langue, coutumes, etc. Cependant le fait de dire, en même temps que le ballon gonfle, qu’il s’agit « d’un ovule géant » suggère un univers poétique spécifique. L’action prend un nouveau sens pour le spectateur, son horizon d’attente est perturbé. Il croyait voir un simple ballon ou une grosse tête ronde et bien non, une autre image lui est donnée. L’activité sur scène prend alors une autre signification, un sens équivalent poétique suggéré par des mots.
Dans le cas où Gustave Parking déclare faire un « cours d’astrophysique », il anticipe les réactions du public, car il le dit avant même que la lumière ne s’éteigne et que les spectateurs constatent qu’effectivement, il peut s’agir d’un « cours d’astrophysique ». Cette anticipation permet d’exercer une forme de pression sur le public. En effet les spectateurs n’ont pas eu le temps de réfléchir sur ce qui va se produire par la suite, ils n’ont pas de répit. La parole et l’action se succèdent à un rythme effréné, sans interruption. En ce sens Gustave Parking reste le metteur en scène de son spectacle. Il ne laisse pas libre cours à l’imaginaire des spectateurs, il nous indique ce qu’il faut voir. La salle semble réagir positivement puisqu’elle rit, mais cela peut gêner quelques personnes qui n’aiment pas se sentir manipulées et considérées comme des « marionnettes ».
Gustave Parking répète souvent les mêmes phrases qui apparaissent comme des leitmotivs. Par exemple « ça va pêter » ou « encore plus rare ». Ces ponctuations verbales renforcent le rythme rapide du spectacle, il ne laisse aucune place au silence qui créerait une cassure dans le tempo. En même temps, elles renforcent le côté spectaculaire du numéro qui se produit sous nos yeux.
Pour obtenir l’adhésion du plus grand nombre de spectateurs, Gustave Parking fait souvent référence à notre culture commune, à la publicité par exemple : « Par ce qu’elle le vaut bien » nous renvoie à une grande marque de cosmétiques mondialement connue. De plus associer cette référence au vêlage d’une vache crée un contraste très amusant pour ceux qui ont connaissance du monde de la publicité. Il intègre à son jeu, à ce moment là, la majorité des spectateurs en créant un pastiche (c’est-à-dire un hypertexte).
Cependant à certains autres moments il exclut volontairement l’ensemble de la salle en ne s’adressant qu’à une personne directement : « ça te fait rire ». Une relation de complicité s’établit alors automatiquement avec cette personne, devenant interlocutrice privilégiée.
Des allers–retours se produisent sans cesse entre adresses au public dans son ensemble et adresses à une seule personne. Les spectateurs sont à la fois destinataires, interlocuteurs et marionnettes de Gustave Parking.
B. La perception du corps
Durant cet extrait, Gustave Parking se positionne de manière différente afin que tous les regards se focalisent sur des éléments précis de son action.
Pour arriver à son « cours d’astrophysique » il doit gonfler un ballon géant. À ce moment du spectacle ce n’est plus Gustave Parking qui est important mais le ballon qui doit gonfler. Il se positionne volontairement de profil pour que toute la salle puisse admirer l’exploit qui est en train de se dérouler. Il contracte son univers jusqu’à disparaître complètement derrière le ballon qui devient le personnage principal de la séquence.
Le ballon prend ensuite toute la place lorsque la lumière s’éteint. L’univers de Gustave Parking est totalement réduit, comprimé, il n’apparaît plus. Il nous montre alors son intelligence kinesthésique, il s’adapte à la scène en ne paraissant plus dans la lumière.
C. L’utilisation des objets
Dans cet extrait Gustave Parking a revêtu un foulard bleu brillant assorti à sa chemise. Ce nouveau costume le transforme sous nos yeux en un mage des temps modernes, une sorte de magicien. Il entre alors dans la peau d’un autre personnage sans quitter la persona qu’il s’était construit. Ce costume nous informe qu’il va nous emmener dans un univers plus « comique », où la lune et le soleil tiennent les rôles principaux.
Tous les objets utilisés sont détournés de leur rôle premier et suggèrent un monde poétique révélé par le discours de Gustave Parking : Le ballon devient lune puis vache puis tête. Un univers absurde se construit où le ballon peut revêtir plusieurs identités. C’est donc de la métaphysique en activité.
Le ballon sert de moyen de communication entre Gustave Parking et la salle. Il devient un jouet quand Gustave Parking l’envoie au milieu des spectateurs. A ce moment, le public sera considéré comme l’interlocuteur de jeu de Gustave Parking qui s’adresse directement à lui : « Renvoyez le moi !». Le public est à la fois « spect-acteur » et marionnette. Il agit en son nom propre en tant que complice du jeu, en même temps c’est Gustave Parking qui mène le jeu. En effet s’il n’avait pas envoyé la ballon, le jeu n’aurait pas continué de la m^me manière et selon les mêmes modalités.
D. Un spectacle œuvre d’art
L’extrait possède à la fois une immanence autographique et une immanence allographique. Il est autographique car c’est une performance où se glissent des moments improvisés : les adresse aux public, il est donc unique. Il est allographique parce que le texte écrit et mise en scène par Gustave Parking ne prend son sens que dans sa réalisation.
Il fait vivre des émotions diverses aux spectateurs : le rire, mais aussi la surprise, la joie et l’émerveillement par la succession des séquences. C’est un passage original par l’utilisation détournée des objets, tout en étant ponctué de quelques éléments politiques avec notamment quelques références aux hommes d’Etat : Charles de Gaulle et Jacques Chirac. Cependant c’est la fonction esthétique et émotionnelle qui prime. On peut donc considérer ce court extrait comme une œuvre d’art.